Les plaintes de parents sont en constante augmentation. Les enseignants doivent faire face à des problèmes et situations de plus en plus angoissants. Les congés se multiplient et les démissions aussi. Les AESH (Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap), avec une formation a minima, un emploi du temps de plus en plus contraignant, toujours dépendants de l’Éducation Nationale, mais sans statut, sans progression de carrière, s’occupant de plusieurs enfants, dans des écoles différentes à plusieurs kilomètres d’écart, changeant d’enfants en fonction des difficultés locales, un salaire de misère (aux alentours de 800 euros). Souvent ces enfants souffrent malgré la solidarité extraordinaire des autres enfants…
- Quelques remarques.
Quand vous avez des problèmes d’oreilles, de kyste, de prostate, de mémoire etc…et que votre médecin généraliste n’est pas précisément qualifié pour les prendre en charge, il vous envoie à l’hôpital, où, là, un ophtalmologiste, un dermatologue, un urologue, ou encore, un gériatre…vous prend en charge. Ces médecins, très spécialisés, ont fait entre 7 ou 10 ans d’études…
Mais, dans l‘Éducation Nationale, la médecine scolaire a presque entièrement disparu et les enseignants, dans leurs études ont appris à instruire leurs élèves sur la base des programmes scolaires, mais ils n’ont pas appris à les soigner !
DDEN nous trouvons dans nos écoles des enfants sans motricité, des autistes, des aveugles, ou des enfants dont les os fragiles, se cassent au moindre choc… Même s’il y a des AESH très dévoués qui aident à ce que tout se passe bien, ils (ou elles) ne peuvent se substituer à des personnels médicaux-sociaux ayant bénéficié d’études adaptées et de formations spécialisées…
Ceux qui veulent, au nom de l’égalité entre les enfants, une inclusion totale de tous les bambins, ont-ils réfléchi à l’impossibilité de la chose ? L’État, lui, y trouve certes son compte : un salaire de 800 euros …c’est bien peu ! Un médecin, un enseignant spécialisé, des établissements adaptés installés comme il faut…c’est bien plus cher. La vie des enfants aurait-elle un prix ?
Moins vous avez de qualifications, de diplômes, d’années d’études et plus vous êtes amenés, par des emplois où les salaires, bien maigres, et les déroulements de carrière, inexistants, à prendre en charge des enfants en grande souffrance, au milieu d’une classe de 20, ou 25 élèves et parfois, plusieurs enfants handicapés ou malades, dans la même classe. Peut-on en dire autant des autorités responsables qui, depuis la loi Montchamp de 2005, démantèlent l’enseignement et les établissements spécialisés ?
- Quelques chiffres montrent que ce n’est pas un « petit » problème mais une situation qui demande des mesures immédiates. Le soin et la formation de ces enfants dans des conditions dignes et responsables, n’a pas de prix !
En 2005, la loi Monchamp, au nom de « l’égalité des droits des enfants », a organisé le démantèlement des établissements spécialisés et l’intégration automatique de tous les enfants dans les écoles et établissements publics sans distinction.
Précisons cependant que les écoles privées (en grande partie financées par l’État) ont gardé leur droit de choisir leurs élèves et donc de refuser ces enfants aux besoins spécifiques et particuliers.
En 2006, il y avait 118.000 enfants, dans notre pays en attente d’une place à l’école. En 2025, il y en a 520.000, Soit 402.000 enfants de plus. Ce jour, il y en a 90% qui sont aidés par un ( ou une) AESH. Un peu plus de 30.000 sont en attente (quelquefois 2,3…ans) Et, il y en a aussi quelques 2.000 qui n’en ont aucun et sont à la charge totale des parents.
- Comment cela va-t-il se mettre en place ?
Les parents doivent constituer un dossier très argumenté, et l’envoyer à la MDPH (Maison Départementale pour les Personnes Handicapées). Le dossier sera envoyé, ensuite en CDAPH qui prendra toutes les décisions, y compris financières. Elle convoquera les parents et, si ceux-ci le souhaitent, ils peuvent se faire accompagner par quelqu’un qui les aidera à argumenter. Le DDEN (Délégué Départemental de l’Éducation Nationale) peut le faire. Une décision est prise tous les ans. Et si l’enfant est bon élève malgré son handicap, les subventions sont supprimées, donc, il ne peut plus avoir de soin. Les parents doivent refaire un dossier et faire appel. Ils gagnent souvent et les subventions sont redonnées avec un ou 2 ou 3 ans de retard. Encore faut-il que les parents sachent le faire, ce qui n’est pas évident !
Qui siègent dans cette commission présidée par un responsable de la MDPH ? des responsables syndicaux (enseignants ? ou soignants ? non), des associations de parents d’élèves, des anciens combattants, des responsables de différentes associations etc…, et le (ou la) responsable de l’Éducation Nationale : DASEN adjoint. Mais aucun médecin ! Sans avoir en mains le dossier de l’enfant handicapé, les membres de la commission vont discuter quelques heures pour savoir s’il est légitime de donner un AESH et des indemnités donnant droit à des heures de psychologue, d’orthophoniste, de kiné, d’un personnel de santé… Et, le responsable, se tournant vers la ou le DASEN si le vote est positif, dira : « l’IA (l’Inspection Académique) doit recruter, pour cet(te) enfant, un AESH » et il fera voter à la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) des aides de prises en charge financière…etc . Bref, ce à quoi il a droit.
Mais, à l’IA, y aura-t-il des AESH de libres ? Va-t-il y avoir des recrutements d’AESH en fonction des besoins des enfants, ou en fonction du budget existant dans l’Académie ? Les parents nous disent qu’ils attendent, quelquefois 1, 2 ou 3 ans pour avoir l’AESH demandé. L’enfant, en attendant, s’il n’est pas « perturbateur », est en classe, avec tous les autres élèves. Bref ! Il est bien normal que la discussion ait lieu sur ces problèmes concernant des enfants, des familles, des personnels qui craquent faute de trouver une solution adéquate.
Toute l’institution scolaire est concernée, et si les recrutements d’enseignants, d’AESH et autres, sont de plus en plus compliqués, c’est bien parce que ce qu’on vit, en ce moment, est insupportable. Un exemple précis et récent, pour terminer_ les DDEN, bien aguerris, pourtant, que nous sommes en sont encore éberlués ! _ Dans un village du 49, la même semaine : 2 AESH sont remerciées pour n’avoir pas su s’occuper des élèves dont elles avaient la charge. L’une dans un collège, l’autre, dans une école primaire. Ces 2 dames sanctionnées ont été envoyées dans 2 écoles de villages tout proches et elles remplaceront les 2 AESH qui elles, ont été contraintes de les remplacer en abandonnant les enfants qu’elles suivaient depuis des mois ! Peu importe la détresse des enfants dont elles s’occupaient bien, depuis des années !
Qui pourrait affirmer, sans honte, que cette situation inadmissible dans le pays devrait continuer ?
Denise et Michel Landron
