Edito du DL n°17 : Abrogation de la loi Debré ou application de la loi Debré, il faut choisir

Aujourd’hui, toutes les Associations qui se présentent, à tort ou à raison, comme « laïques », sont amenées à se prononcer sur la Question laïque et sur l’Abrogation de toutes les lois antilaïques. Les inégalités sociales et scolaires croissantes qu’entraîne le financement public de l’enseignement privé sous contrat ainsi que l’ampleur des crimes sexuels commis, comme ailleurs, par le Clergé dans les établissements catholiques rendent plus aiguë que jamais la nécessité de sortir du dispositif de la loi Debré.

À l’initiative de la FSU, s’est mis en place un Collectif pour l’École publique laïque qui a reçu l’assentiment de la plupart des Associations constituant peu ou prou ce que l’on appelle le Mouvement laïque. La force du scandale et la réprobation unanime des Laïques a donc contraint quasiment tout le Monde laïque à s’associer à ce Collectif. Nous publions dans ce numéro du Délégué laïque N°17 la Déclaration de Constitution de ce Collectif et la démarche qu’il a entrepris auprès des Élus et Parlementaires.

Le Collectif a décidé d’élaborer un Plan de sortie du Financement public de l’enseignement privé qui veut se donner les moyens d’en finir réellement avec les lois antilaïques, bien au-delà des propos habituels « officiels et solennels ».

Les échos rencontrés de toutes parts sur cette Initiative de Plan de sortie montrent qu’il est largement plébiscité : pour la première fois depuis longtemps, l’Abrogation de la loi Debré n’apparaît plus comme une perspective lointaine quelque pu insaisissable, mais comme appréhendable par tous et qui peut être mis en œuvre rapidement.

Dans le genre « radical » et « plus laïque que moi tu meurs », on a lu avec une certaine stupéfaction, l’Éditorial d’Eddy Khaldi dans le journal des DDEN (n°282 de mars 2025) : « Notre Fédération des DDEN reste fidèle au Serment de Vincennes et demande expressément pour les établissements d’enseignement privés d’appliquer la loi Debré, le Code de l’Éducation ainsi que toutes les règles de protections physiques et morales des élèves. »

On se pince pour y croire : pour rester fidèle au Serment de Vincennes (que nous republions aussi pour que les mots aient un sens) qui exigeaient l’Abrogation de la loi Debré, il faudrait la faire appliquer ? Comment peut-on se moquer à ce point du monde ? On se présente comme « radical » et en fait on n’est que « clérical » puisque l’on se prononce pour « une bonne application » des lois antilaïques qui sont toutes au bénéfice exclusif de l’enseignement de l’Église catholique.

Le même Eddy Khaldi s’est prononcé dans ses ouvrages « pour revenir à l’origine de la Loi Debré » qui, selon lui aurait été détournée de ses objectifs premiers.

Comme le disait Abraham Lincoln : « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. » Alors inévitablement une clarification commence à s’opérer dans le Collectif pour l’École publique laïque et certains masques commencent à tomber. Et c’est une bonne chose.

Des Organisations laïques comme la Fédération nationale de la Libre Pensée, Convergence des Services Publics, SUD-Éducation, le CREAL-76, la FSU, la Ligue de l’Enseignement ont apporté leurs contributions à l’élaboration du Plan de sortie du Financement public de l’enseignement privé. D’autres, comme l’UNSA et le SE-UNSA ont décidé de quitter « provisoirement » le Collectif pour des raisons liées aux Élections générales dans la Fonction publique. Comprenne qui pourra : comment l’Unité laïque pourrait-elle être préjudiciable au Syndicalisme enseignant, dont la fondation et l’existence même reposent sur la Défense de la Laïcité dans l’Enseignement public ?

Enfin, Eddy Khaldi, au nom de la FNDDEN, n’a pas signé la volonté de sortir de la Loi Debré et s’éloigne toujours plus du Collectif en étant par exemple du document en direction des Élus publié par le Collectif à l’occasion des élections municipales (publié dans ce Numéro du Délégué Laïque).

Au-delà des manœuvres – illusoires – des uns et des autres, on ne pourra pas faire l’économie du débat : Pour ou contre l’abrogation de la loi Debré ? Et si on est pour en finir avec le Financement public de l’enseignement privé, on ne peut pas réclamer sa bonne application. Il faudra choisir.

La clarification se faisant, la Fédération FO de l’Enseignement, la FNECFP-FO a manifesté son intérêt pour l’action du Collectif. On ne peut que s’en réjouir. Si certains s’en vont, d’autres arrivent à partir du moment où les choses se précisent dans le bon sens.

Dans une lettre adressée au Collectif pour l’École publique laïque, la FNECFP-Force Ouvrière indique : « Les Laïques combattants réellement pour la défense de la Laïcité de l’École publique et de l’État auront toujours la FNEC FP-FO à leurs côtés. Si nous ne faisons pas partie de votre Collectif, nous sommes disponibles pour l’action commune en vue d’obtenir l’abrogation de la loi Debré, inséparable de l’abrogation des lois anti-laïques qui ont tenté de façonner l’enseignement public sur le modèle du privé. »

L’Opinion publique laïque a clairement manifesté son avis : il faut en finir avec le Financement public de l’enseignement catholique, financement qui lui permet toutes ses turpitudes au détriment des enfants et dont on constate tous les jours l’horreur sans nom où cela a conduit.

Cette Opinion publique laïque s’est aussi clairement exprimée lors du 120e anniversaire de la loi de Séparation des Églises et de l’État de 1905, notamment dans la Grande Journée de Mobilisation Laïque du 6 décembre où toutes les composantes authentiques du Mouvement laïque se sont retrouvées ensemble côte à côte. Nous en publions aussi le compte-rendu et la Déclaration unitaire qui en est sortie, Journée de Mobilisation laïque dont les grands absents étaient … Eddy Khaldi et la FNDDEN.

Rappelons encore que le Mouvement laïque s’est réellement constitué en 1960 dans la bataille pour l’Abrogation de la loi Debré et que le Rassemblement de Vincennes et le Serment qui y fut prêté, porté par la volonté de 11 millions de Citoyennes et de Citoyens, en sont les parties créatrices et constitutives. De ce fait, demander l’application de la loi Debré, même baptisée de « bonne », c’est tourner le dos au Combat laïque, pour ne pas employer de terme plus crû.

Il n’est au pouvoir de personne de s’échapper à ce débat.

Paul Feldman

Rassemblement-pour-celebrer-le-Serment-de-Vincennes-de-1960-en-juin-2010-avec-Marc-Blondel

Compte-rendu du rassemblement du 6 décembre 2025

Ils étaient tous là et ont pris la parole :

♦ La Vigie de la Laïcité (VDL) : Nicolas Cadène, Valentine Zuber et Daniel Verba

♦ La Fédération nationale de la Libre Pensée (FNLP) : Benoît Scheneckenburger et Pierre-Yves Modicom

♦ Ligue des Droits de l’Homme (LDH) : Emmanuelle Jordan – Chartier et Daniel Boitier

♦ La Ligue de l’Enseignement (LDE) : Hélène Laccasagne

♦ Union Rationaliste (UR) : Emmanuelle Huisman-Perrin

♦ Solidarité Laïque (SL) : Anne-Marie Harster et Michel Debon

♦ Conseil National des Associations Familiales Laïques (CNAFAL) : Jean-Marie Bonnemayre

Fédération Syndicale Unitaire (FSU) : Grégory Frackowiak

♦ Confédération CGT-Force Ouvrière : Patricia Drevon

♦ FNECFP – Force Ouvrière

(La Confédération FO à parler aussi pour ces deux structures)

♦ Confédération CGT : Gérard Ré

♦ FERC-CGT : Charlotte Vanbesien

♦ La FERC-CGT a parlé aussi au nom de l’Union des Syndicats CGT de l’Éducation nationale

♦ SUD-ÉDUCATION : Théophile Poussot-Dajnak

♦ SE-UNSA : Marie-Laure Tirell

♦ Émancipation Tendance Intersyndicale : Quentin Dauphiné

♦ Rites-Unis de Memphis-Misraïm : François Bourcier

♦ Association pour le Droit de mourir dans la Dignité : Elsa Walter

♦ L’Association des Amis de la Commune de Paris 1871 : Sylvie Braibant

♦ Coudes à Coudes : Mornia Labssi

♦ La Marche des Solidarités : Mariama Sidibé

♦ Association Internationale de la Libre Pensée : Christian Eyschen

♦ Humanists International : Yvan Dheur

♦ Rob Boston, Américains-Unis pour la Séparation – USA

♦ Aires Rodriguezancien Député socialiste du Portugal

♦ Keith Porteous Wood, Expert international à l’ONU

Une jeune représentante de la Vigie de la Laïcité a lu, à la fin du Meeting, la Déclaration commune des six Associations organisatrices de la Journée laïque du 6 décembre 2025. Celle-ci a été publiée, en Tribune, dans le Monde du soir (daté du 7 décembre 2025).

La Grande salle de Spectacle Eugène Hénaff de la Bourse du Travail était pleine à craquer et de 14H30 à 17H45, le public a écouté de manière studieuse et passionnée les différentes interventions de tout ce que compte l’authentique Mouvement laïque de ce pays. Le mot d’Ordre d’Abrogation de la loi Debré ! a été scandé massivement comme une exigence laïque.

Le matin du 6 décembre 2025, le Colloque académique de la Vigie de la Laïcité a eu lieu à la Grande Loge de France dans le Grand Temple Pierre Brossolette, celui-ci était plein. Une quinzaine de contributions de haut niveau, sur la loi de 1905 et sur la Séparation laïque dans plusieurs pays ont été prononcées. Il a été ouvert par un message en visio-conférence de Jean-Louis Bianco, Président-Fondateur de la Vigie de la Laïcité. Puis, entre autres, Valentine Zuber, Présidente, Philippe Portier, Nicolas Cadène et Jean Baubérot, membres de son conseil d’Administration, se sont exprimés

Les participants ont été accueillis par Dominique Loiseau, Délégué régional et Responsable de la Culture de la GLDF, Denis Moscovici, Délégué à la Laïcité de la Grande Loge a ensuite lu un message de bienvenue et donnant la position de l’Obédience sur la Laïcité comme des lois de Liberté et de Tolérance, de Jean-Raphaël Notton, Grand Maître de la Grande Loge de France.

Déclaration unitaire du 9 décembre 2026

DÉCLARATION DU 9 DÉCEMBRE 2025

(Émanant de la Vigie de la laïcité, la Ligue des Droits de l’Homme,

la Ligue de l’Enseignement, Solidarité Laïque, la Libre Pensée, l’Union Rationaliste)

« RETROUVER LE SENS DE LA LAÏCITÉ »

La célébration du cent-vingtième anniversaire de la loi de Séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905 donne aux associations signataires de ce texte loccasion de rappeler combien la laïcité est essentielle à lagencement de la vie démocratique. Elles rejoignent ainsi lintention de la Constitution qui en a fait, en la plaçant au service de la Liberté, de lÉgalité et de la Fraternité, lun des principes fondateurs de la République.

Reliant la France à la communauté des nations démocratiques, la laïcité trouve son origine dans la Déclaration des Droits de lHomme et du Citoyen de 1789. En fixant « le principe de toute souveraineté dans la nation » (art. 3), la Déclaration affirme lautonomie du pouvoir politique à l’égard des lois divines ; en affirmant que « nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses pourvu que leur manifestation ne trouble pas lordre public établi par la loi » (art. 10), elle permet à chacun de pouvoir choisir en toute indépendance ses propres croyances ou convictions. Se manifeste là une rupture décisive avec lordre dAncien-Régime, fondé sur la primauté et lunité de foi. Il est revenu à la législation de la Troisième République de confirmer le dispositif établi en 1789. La loi du 9 décembre 1905, dont le Conseil dÉtat a pu rappeler quelle était la « clé de voûte » de la laïcité française, couronne la construction laïque en instituant la Séparation des Églises et de lÉtat.

Le texte, sil contient des dispositions techniques concernant lorganisation interne des cultes, comporte surtout deux éléments fondamentaux. Il consacre d’abord la liberté de conscience, considérée dans sa double dimension individuelle et collective. Celle-ci apparait dès lart.1er. La Liberté appelle ainsi l’Égalité : la loi protège identiquement les croyants et les non-croyants, sans quon ne puisse discriminer quiconque à raison de ses opinions religieuses ou convictionnelles. Ensuite, en affirmant, dans son article 2, que « la République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte », la loi affirme la neutralité de lÉtat. Ce dernier doit se tenir à égale distance de toutes les conceptions englobantes du bien, afin de préserver le droit à l’égale liberté de conscience des citoyens.

Or, au cours des trois dernières décennies, le régime de laïcité a subi un dévoiement de ses principes originels : il était hier un dispositif de protection de la liberté individuelle ; il est devenu un appareil de défense de la prétendue « identité nationale ». A la laïcité de lautonomie sest substituée celle de la surveillance. Issue du refus daccepter louverture de la société actuelle à la pluralité de ses composantes culturelles, en contrant ainsi l’éthique universaliste de la République, elle révèle une conception identitaire, et parfois ethnique, de la nation. Ce nouveau modèle a pris une nouvelle forme juridique, à travers une succession de lois et de règlements qui ont trouvé leur consécration limitative dans la loi du 24 août 2021 visant à « conforter le respect des principes de la République ».

Cette législation inédite a introduit, en rupture avec les principes de 1905, une double mutation. Jusque-là, limpératif de neutralité ne valait que pour les espaces et les agents de lÉtat ; lespace social étant, en revanche et sous réserve des exigences de lordre public, une zone dexpression ouverte à l’expression de la pluralité des convictions. Or, en témoignent certaines propositions de loi récentes, on réclame désormais l’extension de la règle de la discrétion en matière religieuse aux citoyens ordinaires.

Ensuite, la « nouvelle laïcité » a, par un mouvement parallèle, réduit la sphère de la liberté. En agitant le chiffon rouge du « séparatisme », en faisant valoir auprès de certains de nos compatriotes, leur « devoir d’émancipation », en se faisant en cela le gardien des bons comportements, LÉtat est entré, sur les questions religieuses et convictionnelles, dans des domaines quil laissait jusque-là entièrement libres. Il intervient ainsi en règlementant le port du vêtement. Il soumet les collectivités locales à des contrôles inédits.

Il réduit le champ dautonomie à la fois des associations cultuelles et des associations ordinaires. Malgré le principe de Séparation, la loi du 24 août 2021 va jusqu’à offrir la possibilité aux préfets de refuser à certaines la qualité d’associations cultuelles, les obligeant par ailleurs à de lourdes démarches administratives, renouvelables tous les 5 ans, menaçant ainsi leur pérennité.

Faut-il se résigner à cette dérive autoritaire ? Cest, au contraire, à la résistance que veulent appeler les signataires de ce texte. Leur idée est que cette nouvelle interprétation vient accentuer la défiance au sein de la société et empêcher un vivre ensemble harmonieux. Sans nier certes limportance dintégrer les citoyens dans un espace public partagé organisé autour du respect de la liberté dautrui et de la recherche de lintérêt commun, ils appellent à rétablir la laïcité sur ses bases historiques, en retrouvant la vision originelle qui en faisait un système de promotion de la liberté et non de surveillance de lopinion.

Dans cette perspective, il s’agit de répondre à trois objectifs :

Dabord, refaire droit à la liberté de conscience. Chacun doit pouvoir exprimer jusque dans lespace social ses propres convictions et croyances sans quon lui impose, au nom dun ordre moral que lÉtat se chargerait de définir, une quelconque invisibilité sociale, ni une artificielle homogénéité idéologique.

Ensuite, reconstruire lindépendance de la sphère politique. Lun des grands motifs de la loi de 1905 a été de placer lÉtat en dehors de tout contrôle des Églises. Nous souhaitons renouer avec cette visée, qui est la condition dune action publique autonome laissée, loin de toute soumission aux diverses cléricatures, aux seules déterminations de la délibération civique.

Enfin, renouer avec lidée de droit social. Au moment de la délibération de 1905, plusieurs défenseurs de la loi avaient affirmé, tel Jean Jaurès, que « la République ne resterait laïque qu’à la condition d’être sociale ». Cest là aussi un point dancrage de cette déclaration : il ne peut y avoir de réelle liberté indépendamment de l’amélioration des conditions matérielles dans lesquelles se déploient les existences individuelles.

Retrouvons le sens de la laïcité, battons-nous pour une laïcité de liberté qui se nourrit de fraternité et de bien commun, assurons-lui un avenir !

Signatures :

Jean-Louis Bianco (Président honoraire de la Vigie de la Laïcité)

Christian Eyschen (Secrétaire général de la Libre Pensée)

Anne-Marie Harster (Présidente de Solidarité laïque)

Emmanuelle HuismanPerrin (Responsable laïcité à l’Union rationaliste)

Hélène Lacassagne (Présidente de la Ligue de l’Enseignement)

Nathalie Tehio (Présidente de la Ligue des Droits de l’Homme)

Lettre de la Libre Pensée au Mouvement laïque et aux Organisations laïques

Paris, le 2 février 2026

Chers amis et chers camarades du Mouvement laïque et organisations laïques,

Lors de notre meeting commun du 120ème anniversaire de la promulgation de la loi du 9 décembre 1905 dite « de Séparation des Églises et de l’État », nous avons agi de manière très unitaire pour la célébrer dans un esprit de liberté et non d’interdits, ce qui correspond au véritable contenu de cette loi portée par Ferdinand Buisson, Aristide Briand, Francis de Pressensé et de Jean Jaurès entre autres.

Ensemble, nous avons réalisé la Journée de mobilisation laïque du 6 décembre 2026 qui, dans ses deux moments, de la matinée à la Grande Loge de France et de l’après-midi à la Bourse du Travail à Paris, a été une réussite dans la convergence laïque de nos associations respectives.

Vous trouverez ci-joint la Brochure numérique de compte-rendu de cette Journée et les vidéos (Voici le lien pour voir la Brochure sur Calameo : Calaméo Brochure Meeting loi 1905 6 décembre 2025) des différentes interventions des représentants des organisations participantes avec aussi la Déclaration commune qui a été lue à la Tribune de la Bourse du Travail et qui a recueilli l’assentiment de tous les participants.

Vous pouvez naturellement en disposer selon votre souhait et la diffuser largement si vous le souhaitez par tous moyens à votre convenance.

La Libre Pensée vous informe qu’un Moment laïque dans la même veine, unitaire et forte, a eu lieu à Lyon-Bron le 24 janvier 2026 et qu’il a reçu le même assentiment des nombreux participants.

La Libre Pensée voudrait soumettre à vos avis et analyses une proposition à débattre entre nos Associations et Organisations.

L’opinion publique laïque est largement convaincue aujourd’hui qu’il est nécessaire d’en finir avec la loi Debré et le financement public de l’enseignement privé. Cela se manifeste chaque jour et est alimenté par les scandales de toutes sortes qui apparaissent de plus en plus clairement aujourd’hui et qui ont contraint l’Église catholique à la fermeture programmée de Notre-Dame-de-Bétharram. Qu’il s’agisse des violences sexuelles sur des enfants ou des « enseignements » très particuliers qui sont dispensés, le tout couronné par le financement public à outrance et sans contrôle dans cet enseignement privé, principalement catholique.

C’est ce qui se manifeste clairement dans le Collectif laïque unitaire pour la Défense de l’École publique, à l’initiative de la FSU, qui se fixe pour objectif l’élaboration d’un Plan de sortie du Financement public de l’enseignement privé, Plan de sortie auquel la Fédération nationale de la Libre Pensée a déjà largement contribué par l’écriture d’un projet avec notamment trois propositions de loi, allant dans ce sens, car ce Plan est bien sûr largement soumis à la discussion pour qu’il soit à la fois, le plus efficace possible et qu’il rencontre l’assentiment majoritaire des Laïques . Ce Collectif unitaire a aussi élaboré en commun un document de propositions pour les Élections municipales qui viennent.

Il nous semble que cette action laïque d’envergure pourrait permettre – pour surmonter la dispersion laïque de nos associations qui nous semble durer depuis trop longtemps – d’envisager la constitution d’une sorte de « Confédération laïque » (ou tout autre dénomination similaire) pour la Défense de l’École publique laïque et de la Laïcité institutionnelle de la Sphère publique.

En tirant les leçons du passé et des actions menées, il semble, pour la Libre Pensée, indispensable d’affirmer ensemble que la Laïcité de l’École publique, de l’État et des Services publics concerne tout le pays et que ce sont toutes les organisations concernées (Associations et Organisations laïques et démocratiques, Syndicats enseignants et Confédérations ouvrières ou Unions interprofessionnelles), qui doivent agir pour leur défense, sans aucune segmentation ni délégation, dans l’Action laïque.

Bien entendu, il s’agit d‘une proposition à débattre sans position préconçue, mais il nous semble au moins que l’on peut tirer quelques leçons du passé, en mettant à stricte égalité toutes les Structures associatives et militantes qui pourraient s‘inscrire dans une telle perspective.

Nos Organisations et Associations sont aussi confrontées aux menées liberticides du Pouvoir et de ses affidés qui utilisent la loi dite « Séparatisme » du 24 août 2021 pour étrangler la liberté d’association fondée sur trois grandes lois démocratiques : 1884 sur les Syndicats, 1901 sur les différentes Associations et les lois de 1905/1907 sur les Associations religieuses.

Il nous semble impossible de pouvoir défendre la Liberté de conscience, incarnée par la Laïcité, sans défendre la Liberté d’association qui en est l’instrument fondamental.

C’est pourquoi la Libre Pensée vous propose que la réflexion sur la constitution d’une éventuelle « Confédération laïque » se mène sur deux revendications essentielles :

  • L’Abrogation de la loi Debré par le soutien à l’élaboration d’un Plan de sortie du Financement public de l’enseignement privé, tel qu’il est initié présentement par le Collectif unitaire « Pour la défense de l’École publique » ;
  • L’Abrogation de la loi « Séparatisme » et de toutes les mesures liberticides contre la Liberté d’Association.

Chers amis et chers camarades,

Tel est le sens de cette Lettre au Mouvement laïque et à ses Organisations : débattre ensemble pour agir ensemble pour la défense de la Laïcité.

Nous sommes, quant à nous, prêts à toute discussion et rencontre sous toutes les formes que vous souhaiterez. Cette démarche ne vise ni à uniformiser les analyses, ni à gommer les sensibilités propres à chacune de nos organisations qui ont chacune leur histoire, pratiques et choix stratégiques. Vous pouvez naturellement faire des réponses, des propositions et des contributions écrites pour alimenter le débat commun.

En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien porter à cette présente proposition, recevez l’expression de nos plus fraternelles salutations laïques.

Pour la Fédération nationale de la Libre Pensée :

Le Secrétaire général, Christian Eyschen

Préface de l’ouvrage « L`École, pour en finir avec le dualisme scolaire » de Dominique Goussot (à paraître)

Préface

L’École, pour en finir avec le dualisme scolaire
de Dominique Goussot

Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient, l’auteur fait cela de manière remarquable concernant la question de l’École et de son devenir. Nous avions indiqué dans une Résolution d’un Congrès national de la Libre Pensée que, de plus en plus, c’est la question même de la survie de l’École publique laïque qui allait être sur le devant de la scène du combat laïque, tant la politique réactionnaire des différents gouvernements de la Vème République menaçait son existence même.

Et ce, dans une politique réactionnaire de doubles-ciseaux :

D’un côté, on fait financer par l’École publique laïque sa concurrente directe l’école privée catholique en prenant sur son budget, car évidement on ne va pas rogner sur les budgets de la répression grandissante (police et gendarmerie) – sinon les gouvernements Macron ne pourraient tenir, (la politique honteuse de soutien du Parti socialiste, des Républicains et de l’extrême- droite ne saurait se suffire à elle-même pour cela) – ni sur celui de l’armée, pour préparer la guerre ; les lobbys militaro-industriels en seraient fort mécontents.

On voit bien là toute l’hypocrisie des principes de l’Union européenne sur la « concurrence loyale et non faussée », car qui y a-t-il de plus déloyale et de plus faussé que de faire financer l’École privée par sa concurrente directe ? Microsoft de Steve Ballmer et Bill Gates, et bien d’autres dans la High-Tech électronique, ont été condamnés plusieurs fois pour avoir soutenu financièrement artificiellement leurs concurrents pour avoir l’air de maintenir une concurrence totalement déloyale et absolument faussée, cela pour ne pas être accusés et condamnés pour avoir créé un Monopole de fait.

D’un autre côté, la Vème République n’a cessé de mettre en œuvre des lois de destruction de l’Enseignement public pour en finir avec un principe : l’Instruction publique qui libère les opprimés et les exploités. Comme le proclamait Adolphe Tiers, le futur boucher de la Commune de Paris au moment de la loi Falloux : « L’Instruction est un début d’aisance et l’aisance n’est pas due à tout le monde ». Chaque ministre de l’Éducation nationale de la Vème République, de gauche comme de droite, ont porté la hache contre l’Enseignement public.

Pour en savoir plus, je vous invite à lire un autre ouvrage de Dominique Goussot « Victor Hugo contre Falloux » (en vente à la librairie de la Libre Pensée) et le Numéro 10 de notre Collection Arguments « À propos de l’enseignement catholique en France » (téléchargeable gratuitement sur https://www.calameo.com/read/0037423011248edfdec57 ).

Les nombreuses annexes de ce nouveau livre de Dominique Goussot éclairent réellement le propos et montrent toutes les différences entre les lois laïques qui bâtissent littéralement l’École publique et les lois antilaïques qui en sont la négation pure et simple et qu’il faut abroger, à commencer par leur loi-mère : la loi Debré du 31 décembre 1959, loi fondatrice de la Vème République antilaïque.

De quel dualisme scolaire parlons-nous ?

Comme l’Auteur le montre très bien, la Libre Pensée n’est pas pour le Monopole de l’Enseignement, qu’il soit « laïque » ou « clérical ». Nous sommes pour la Liberté de l’Enseignement, dans le sens qu’en donnait Victor Hugo dans son célèbre Discours contre la loi Falloux : « L’État chez lui, l’Église chez elle ».

rassemblement contre la loi Debré à Quimper

Dans le cadre du combat pour abroger la loi Debré, la Libre Pensée a élaboré un Plan de sortie du Financement public de l’enseignement privé en six ans et trois propositions de loi. Ce Plan de sortie s’inscrit totalement dans la réflexion commune engagée par le Collectif pour la Défense de l’École publique, constitué à l’initiative de la FSU. Il ne s’agit nullement d’une « Nationalisation de l’enseignement privé », ce qui constituerait une « spoliation » nécessitant une « indemnisation », comme dans toute nationalisation.

Non pas que le terme de « Nationalisation laïque » nous procurerait un quelconque effroi en soi, mais ce serait contraire à nos principes sur la Liberté de l’enseignement pour stimuler l’Enseignement public dans le cadre des analyses et projets de Condorcet et de tant d’autres Penseurs de l’Instruction publique au service de tous les enfants de la République. De plus, il y aura toujours une part de l’ensemble des parents qui, pour des raisons idéologiques ou/et religieuses refuseront la scolarisation dans le Public.

Il s’agit simplement d’une rupture unilatérale par l’État des contrats passés avec l’enseignement privé à 95% catholique, ce qui ne justifie aucune indemnisation, comme le montre excellemment Dominique Goussot. Cela déplaît fortement aux pseudo-laïques, mais vrais « laïcs » qui prétendent que l’abrogation de la loi Debré devrait passer d‘abord par sa bonne application. Il y a des torturés du bulbe rachidien qu’il est parfois difficile de suivre.

« Outre qu’il paraît contradictoire de réclamer la stricte application des lois antilaïques en même temps que leur abrogation, cette stratégie des petits pas aurait pour effet de maintenir globalement, pendant une période indéfinie, le financement public des établissements catholiques et son effet fortement inégalitaire. Par conséquent, leur abolition ne peut être que le point de départ d’un retour au principe républicain, selon lequel l’Impôt consenti par les citoyens au travers de leurs représentants doit aller aux seuls établissements d’enseignement publics. Toutefois, s’en tenir là entraînerait une situation de grand désordre au détriment des deux millions d’élèves et des 140 000 professeurs concernés de l’enseignement catholique. »

rassemblement de Vincennes

Le Dualisme scolaire dont nous demandons la fin, c’est celui qui veut faire croire qu’il y aurait DEUX Écoles DE la République : la Publique et la privée. S’il y a plusieurs écoles DANS la République, il ne saurait y avoir qu’une SEULE École DE la République, celle dont le Serment de Vincennes en 1960 exigeait que l’effort de la Nation lui soit entièrement consacré.

L’Abrogation de la loi Debré n’est pas la solution définitive et irrémédiable des problèmes auxquels est confrontée l’École publique, mais elle en constitue indéniablement le premier pas réel, pour paraphraser une célèbre expression de Ferdinand Buisson à propos de la Séparation des Églises et de l’État en 1905 et de l’Émancipation humaine intégrale.

Abroger la loi Debré et les lois antilaïques, c’est reconstruire le Mouvement laïque

Notre Plan de sortie du Financement public de l’enseignement privé est prévu pour six ans, celui qui instituait l’Enseignement laïque à partir des années 1880 l’était en cinq ans, car il est parfois plus difficile et long de reconstruire ce qui a été détruit que de bâtir à neuf. Mais l’esprit qui le sous tend est totalement le même.

Manifestation lycéenne contre la loi Debré (1973)

Vous ne pouvez pas, en un claquement de doigts, faire glisser les 2 millions d’élèves du privé dans le Public ; vous ne pouvez pas en un claquement de doigts faire glisser 140 000 enseignants du privé dans l’enseignement public. Il faut des locaux, il faut des moyens, comme il fallait en bâtir à partir des années 1880.

Et le modèle que nous avons proposé, c’est le modèle qu’a fait la IIIème République quand elle a décidé la laïcisation de l’École, puis la laïcisation de l’État. Il fallait un Plan de transition pour passer de la situation « religieuse » à la situation de la pleine Laïcité. Mais cela a été possible sous la IIIème République parce qu’il y avait une volonté clairement affichée d’en finir avec le cléricalisme d’État, en finir avec le Concordat et construire la Séparation des Églises et de l’État.

Et nous l’avons donc dit, dans le cadre de ce Collectif et dans le cadre de ce Plan. Le premier acte, pour appliquer la sortie du financement public, c’est d’abroger la loi Debré pour que ce soit irréversible. Et nous sommes en train d’œuvrer à cela et c’est une conscience qui est en train de se faire. Le Mouvement laïque s’est arrêté dans les années 1970 parce qu’il a cessé de réclamer l’abrogation de la loi Debré. Et on a eu alors droit à toute une série de fadaises. Et le Mouvement laïque s’est disloqué à partir de ce moment-là et n’a plus eu aucune réalité dans la vie sur ce combat-là.

Aujourd’hui, nous vivons un moment important. Nous reprenons le combat là où il s’est arrêté dans les années 1960, c’est-à-dire sur l’Abrogation de la loi Debré. C’est très significatif. Le Mouvement laïque est en train de se reconstituer sur ce mot d’ordre fondamental de l’Abrogation de la loi Debré.

Rassemblement de Vincennes

L’erreur qui a été commise en 1960, et on ne peut le savoir que rétrospectivement, c’est d’avoir pensé que la Laïcité était une affaire d’École et d’Enseignants. Et on a chargé le Syndicalisme enseignant de mener le combat de la Laïcité. Or, la Laïcité, c’est-à-dire la Séparation des Églises et de l’État qui garantit la liberté de conscience pour tous, ce n’est pas seulement un problème scolaire. C’en est un, mais ce n’est pas seulement un problème scolaire, ce n’est pas seulement un problème enseignant, c’est un problème qui concerne toute la société.

Et qui concerne tout le monde. Et si cela concerne tout le monde, cela concerne en premier lieu la classe ouvrière et ses organisations. Et il est clair qu’on ne peut pas, et c’est l’erreur qui a été commise en 1960, défendre la Laïcité et la Séparation des Églises et de l’État et la Liberté de conscience sans la présence des Confédérations ouvrières syndicales et qu’on ne peut pas déléguer ce combat à un secteur particulier du Mouvement syndical qui serait celui des enseignants.

Cela a conduit, au fur et à mesure du temps, et surtout avec les compromissions politiques inhérentes à ce genre de chose, à l’abandon du combat pour l’abrogation de la loi Debré. Et on nous a, pendant toute cette période, inventé des théories sur « la Laïcité ouverte, sur la Laïcité plurielle, sur la Laïcité de l’an 2000 », comme quoi la Laïcité ne serait pas la Séparation du Religieux et du Temporel, mais serait l’addition de toutes les Religions dans le Temporel. Cela a amené cette dérive et de fait, en réalité, le combat pour l’abrogation de la loi Debré a été abandonné pendant des décennies.

Nous vivons un moment historique

Aujourd’hui, nous vivons un moment historique, un moment très important, un moment politique là aussi au sens noble du terme : c’est qu’une conscience est en train de s’exprimer et en train de renaître. Et cette conscience, elle s’exprime pleinement aujourd’hui.

Il faut en finir avec le scandale du financement public de l’enseignement privé. Il faut en finir avec le fait que chaque année 12 milliards de fonds publics soient versés à l’enseignement privé qui est à 95% catholique. Nous sommes dans un pays régi par la Séparation des Églises et de l’État et pourtant, le financement public de l’Église catholique est supérieur, de loin s’en faut, à celui de pays concordataires où ils sont financés sur les fonds publics, officiellement, par les statuts concordataires.

L’Église de France touche, en France, deux fois plus que ce que touchent les Églises officielles en Allemagne alors qu’il y a là-bas un impôt d’Église. C’est un scandale sans précédent. Dominique Goussot écrit ainsi : « En Allemagne, terre concordataire depuis 1933, les écoles privées, qui sont partiellement financées par l’impôt, accueillent environ 9% des élèves, soit proportionnellement presque deux fois moins qu’en France. »

L’auteur montre aussi que l’État et les Collectivités publiques agissent en « payeurs aveugles » pour les écoles privées, souvent en marge même de la législation antilaïque, sans aucun contrôle sur le fonctionnement, les enseignements dispensés, les obligations religieuses imposées et les violences qui s’y perpétuent, et tout cela au nom « du respect du caractère propre », qui ne l’est guère dans ces établissements.

La conscience qui est en train d’émerger en France, c’est qu’il faut en finir avec ce financement public de l’enseignement privé. Lors de la Journée de mobilisation laïque du 6 décembre à Paris, nous avons vu une conscience collective qui était en train d’émerger : cela ne peut plus durer, il faut avancer vers cette abrogation. Les deux objectifs que nous nous fixons comme Libre Pensée dans ce mouvement de reconstitution du Mouvement laïque, c’est l’abrogation de la loi Debré et l’abrogation de la loi « Séparatisme ».

C’est pour cela que, dans le mouvement qui suit le meeting de Paris et le meeting de Lyon, la Libre Pensée a proposé à l’ensemble du Mouvement laïque de réfléchir à une autre forme d’organisation pour mener ce combat. L’abandon du combat contre la loi Debré a entraîné la dénaturation de certaines Associations laïques et la « déstructuration » du Mouvement laïque.

Il faut aujourd’hui envisager de reconstruire le Mouvement laïque sur un nouvel axe et c’est pour cela que la Libre Pensée a fait une proposition, et va continuer à la faire pour discuter, discuter et discuter encore avec toutes les organisations. Il faut que se constitue en France, parce que cela a un sens et que les mots ont un sens, une Confédération laïque pour la défense de la liberté de conscience et de la Laïcité.

Bien entendu, ce n’est pas à prendre ou à laisser, nous n’avons pas le fétichisme des mots, mais si nous voulons mener ce combat, il faut un instrument, un outil pour le gagner. Cet instrument que nous proposons, c’est la constitution d’une Confédération laïque qui regroupe toutes celles et tous ceux qui veulent agir vraiment et où chacun sera à égalité.

Une analyse sur les religions très intéressante

L’ouvrage de Dominique Goussot aborde aussi la manière dont les différentes religions abordent la question de l’École. Par exemple, le Protestantisme poursuit le Judaïsme qui est centré sur le Livre et sa lecture :

« Par une loi du 28 septembre 1791, la Révolution française accorde la pleine citoyenneté aux Juifs dont la situation se trouve ainsi profondément modifiée. Si elle demeure indispensable à la pratique d’un culte dans lequel l’écriture tient une place essentielle, l’instruction apparaît très vite également un instrument d’intégration dans la société française…»

« Dans les sociétés où les religions abrahamiques fondées sur le Livre dominent, la situation est plus contrastée : la place accordée à l’instruction y est proportionnelle à l’importance donnée à la fréquentation intime des écritures requise des fidèles. Dans ce panorama, le catholicisme et, à certains égards, la religion orthodoxe, qui se complaisent dans l’adoration des idoles et l’organisation des pompes ecclésiastiques, constituent les cultes pour lesquels l’instruction reste secondaire, même si la Réforme a contraint le premier à s’adapter, voire à se préoccuper de la formation des enfants des couches sociales dominantes… »

« Depuis lors, les Protestants ont massivement envoyé leurs enfants dans l’enseignement public. À ce jour, on ne compte que cinq établissements privés sous contrat de conviction réformée (deux écoles primaires, un établissement secondaire et deux groupes scolaires offrant un cursus complet jusqu’en terminale). Le nombre d’établissements hors contrat est nettement plus élevé : trente-et-un. C’est très peu au regard du nombre de Protestants. Le sociologue Sébastien Fath 1 évaluait celui-ci à un peu plus de deux millions dont 1,1 million d’Évangéliques, 0,6 million de Calvinistes et Luthériens et près de 0,4 million de fidèles d’autres obédiences. Au vu de ces informations, la proportion d’enfants de familles protestantes scolarisés dans l’enseignement privé serait de l’ordre de moins de 4%… »

Un plan et des annexes fort utiles

L’ouvrage présente aussi des annexes éclairantes qu’il faut lire attentivement, en plus de son élément fondamental : la présentation détaillée et convaincante du Plan de sortie de la Libre Pensée. C’est imparable et cela montre que l’Abrogation de la loi Debré n’est plus un slogan « d’agit-prop » au moment des périodes électorales ou autres, mais qu’elle s’incarne véritablement comme une réalité saisissable partout et par tous les Laïques. On passe ainsi de l’Esprit à la Matière. Pour la première fois depuis très longtemps, l’Abrogation des lois antilaïques est à portée de main, il suffit de vouloir s’en saisir. On peut et on doit le faire hic et nunc.

On voit ainsi dans les annexes comment la Laïcité, de la loi Falloux où elle est prohibée, aux lois laïques, par notamment l’abrogation de l’instruction morale et religieuse remplacée par l’Instruction morale et civique. La Liberté de prodiguer l’Instruction à domicile est, en 1880, très contrôlée et vérifiée, ce n’est pas un « permis d‘ignorance » délivré aux Cléricaux ou pour permettre de faire travailler les enfants dans les champs et les usines pour les exploiter, mais malheureusement cette liberté est liquidée par la loi « Séparatisme » au nom de la lutte contre « l’Islamisme ».

On voit aussi, et cela intéressera les Syndicalistes et pas seulement enseignants, comment on passe d’une autorisation de pratiquer le travail d’enseignants, par une simple « Lettre d’une obédience d’une Congrégation religieuse » à de véritables Diplômes délivrés, contrôlés et certifiés par

l’État à travers le Monopole de la Collation des Grades par l’Université. C’est la reconnaissance d’un véritable Savoir, qui a été gravement remise en cause par les Accords Jack Lang/Mgr Cloupet et l’Accord Vatican/Kouchner, où ce dernier est passé de « passe-moi le riz » à « passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné » au bénéfice de l’Église catholique. Les Cléricaux ont toutes les couleurs, ce sont les caméléons de la forfaiture.

En conclusion

Ce nouvel ouvrage de Dominique Goussot est véritablement à la fois une « Somme » laïque de connaissances et d’analyses et un outil réel et efficace pour le combat laïque aujourd’hui. Encore une fois l’Esprit a rejoint la Matière pour notre plus grand intérêt.

Christian Eyschen

1 Sébastien Fath, État des lieux du protestantisme en France en 2021, article repris de son blog par Regards protestants, 2021.


L’école pour en finir avec le dualisme scolaire

de Dominique Goussot

TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE

École et religions monothéistes : des relations contrastées

Chapitre 1 : La lecture et la question : Judaïsme, Islam et Protestantisme

Chapitre 2 : Le christianisme romain : lecture cachée et culte des images

Chapitre 3 : Le façonnage des esprits et des corps

DEUXIÈME PARTIE

École et régimes politiques en France : entre soumission et liberté (1792-1958)

Chapitre 4 : Pour une École du peuple : un projet émancipateur

Chapitre 5 : L’Église romaine dans l’École publique : les temps de conservatisme et de réaction

Chapitre 6 : La République mère de l’École publique (1882 et 1945)

TROISIÈME PARTIE

La Cinquième République et l’École : la déglingue et le goupillon

Chapitre 7 : L’enchaînement des lois anti-laïques

Chapitre 8 : Un coût élevé pour nourrir de fortes inégalités sociales et scolaires et d’intolérables déséquilibres géographiques

Chapitre 9 : Sortir du financement public de l’enseignement privé sous contrat

CONCLUSION

ANNEXES

Collectif pour l’École publique laïque : Action dans l’Union pour défendre l’École publique laïque

École de toute la jeunesse,
l`École publique, laïque, gratuite et obligatoire doit être LA priorité du pays

Elle doit assurer l’égal accès de toutes et tous aux mêmes enseignements, dans les meilleures conditions sur l’ensemble du territoire. Cela passe par des politiques qui assurent la mixité sociale et cassent les phénomènes de ghettoïsation et de séparatisme social. Seule l’École publique laïque scolarise tous les jeunes. Il est plus que temps de cesser de les diviser. L’enseignement privé sous contrat, financé à 73 % par l’argent public, sépare les élèves. Ceux de familles très favorisées, en constituaient 26,4 % des effectifs en 2000, ils en représentent 40,2 % en 2021. Les élèves de milieux favorisés ou très favorisés y sont majoritaires (55,4 % en 2021 contre 32,3 % dans le public). Le public scolarise trois fois plus d’élèves boursiers (29,1%) que le privé (11,8%)[1]. La concurrence inégale et faussée de l’enseignement privé sous contrat participe à la ghettoïsation, notamment des quartiers populaires. Le financement collectif du séparatisme social et scolaire n’est pas acceptable, l’argent public doit aller à l’École publique. Cela permettra notamment une gratuité complète effective, particulièrement utile à la scolarisation des élèves des familles les plus défavorisées.

Redonner espoir et ambitions à toute la jeunesse, nécessite de concrétiser partout les visées émancipatrices de l’École publique laïque.

Elle ne se défie pas de ses élèves. La laïcité scolaire doit leur permettre d’entrer dans une dimension réflexive et critique dans laquelle, dans le cadre de la loi, leurs questionnements ou avis sont légitimes et mis en perspective par les programmes et les enseignements.

Laïque bien avant la République, l’École publique fait le choix des savoirs et de la raison pour participer à la construction de l’esprit critique et d’une pleine liberté de conscience. Elle promeut l’égalité de genre et combat toutes les formes de discriminations et de racismes.  Des citoyens et citoyennes, formé·es, dans le cadre républicain du principe de laïcité peuvent ainsi faire obstacle à toutes les dominations.

Faute de moyens et d’ambition pour son développement, faute d’une défense véritable face aux attaques qu’elle subit de la part des réactionnaires de tous bords, l’École publique laïque est aujourd’hui abimée, y compris par des réformes et expressions gouvernementales.

L’École publique laïque n’incarne pas un idéal éthéré derrière lequel se réfugier à chaque drame pour mieux poursuivre ensuite les politiques de son affaiblissement. Les attentats islamistes comme les offensives réactionnaires (dans lesquelles fondamentalismes religieux et extrême droite sont très actifs) contre des enseignements, des établissements et des personnels, le relativisme scientifique galopant, la désinformation, rappellent les enjeux démocratiques inhérents au renforcement de l’école laïque. Les politiques publiques, y compris de l’institution scolaire, doivent cesser de l’affaiblir.

Pour une École pleinement utile à la jeunesse, il faut investir dans la formation initiale et continue de tous les personnels, dans une revalorisation sans condition de leur rémunération, leur garantir un cadre de travail respectueux de leurs hautes qualifications et de leur personne. Il faut des actes pour assurer la protection, le respect et la valorisation des personnels comme de leurs métiers.

L’École publique laïque doit recevoir les moyens humains et matériels lui permettant de faire vivre ses ambitions intellectuelles et civiques.

Elle crée les conditions de l’émancipation en protégeant de tout prosélytisme et en faisant cesser en son sein toutes les assignations. Cela doit être préservé et expliqué. Y faire venir, étudier, s’épanouir tous les jeunes doit être une exigence nationale. Ce n’est pas le projet de celles et ceux qui prétendent défendre la laïcité de l’École, soit pour stigmatiser les musulmans, soit pour y perpétuer leurs tutelles morales, religieuses, sociales, économiques. Face à ces défis, il faut que le principe de laïcité et les conditions de son application, permettent l’accueil de tous les élèves sans discriminations et sans concessions à l’égard de toutes les formes de pressions ou de prosélytisme.

L’incarnation quotidienne de la laïcité à l’école ne doit en aucun cas la dénaturer en la faisant passer pour ce qu’elle ne peut pas être, une règle disciplinaire ou une doxa parmi d’autres. L’école laïque doit faire percevoir l’utilité pour toutes et tous du principe de laïcité.

Il est urgent que la République soutienne pleinement son École, la seule école de toute la jeunesse vivant dans ce pays. Ensemble nous nous tenons debout, afin de construire le rapport de force nécessaire pour réaliser partout les ambitions de l’École publique laïque.

_______________

[1]Cour des comptes, Rapport public thématique, L’ENSEIGNEMENT PRIVÉ SOUS CONTRAT, Juin 2023.

30 janvier 2024


Communiqué du collectif pour l’École publique laïque :
Maintenant l`École publique !

Depuis un an des enquêtes journalistiques ont illustré la gabegie financière, parfois au-delà des obligations légales, liée au financement public des établissements privés sous contrat. A l’heure des débats budgétaires, alors qu’il est établi que ces établissements participent à la ségrégation sociale et scolaire de la jeunesse, aucun gouvernement ne peut échapper à l’impérieuse nécessité, pour le pays de réorienter, les fonds publics vers l’école publique laïque.

Dans leur cadre unitaire inédit depuis 30 ans, les organisations signataires de la tribune parue dans « Le Monde » du 30 janvier 2024, pour que l’école publique, laïque, gratuite et obligatoire soit la priorité du pays, travaillent à la construction d’un plan de sortie du financement public de l’école privée. Face aux crises profondes il est plus que jamais nécessaire de faire société, l’école publique laïque doit donc recevoir les moyens de ses ambitions civiques et intellectuelles. Redonner espoir et ambitions à toute la jeunesse dans tout le pays, nécessite de concrétiser partout les visées émancipatrices de l’École publique laïque. Faute de moyens et d’ambition pour son développement, faute d’une défense véritable face aux attaques qu’elle a subies de la part des réactionnaires de tous bords, elle est aujourd’hui malmenée. Il est urgent que la République soutienne pleinement son école, la seule École de toute la jeunesse vivant dans ce pays.

Ces derniers mois l’incongruité de la gestion de ce financement est réapparue clairement, si ce n’est même dans certains cas son illégitimité voire son illégalité : publication des IPS (Indice de position sociale) en octobre 2022 démontrant les fortes disparités en termes de mixité sociale entre public et privé sous contrat ; rapport de la cour des comptes de juin 2023 sur le financement du privé sous contrat dénonçant le manque de contrôles, notamment sur l’utilisation de ces moyens; résultats des études sur les expérimentations de mixité sociale dans le public (travaux de Julien Grenet ou Youssef Souidi ) attestant des bienfaits scolaires de cette mixité pour tous les élèves ; rapport Vannier-Weissberg d’avril 2024 ; révélation des dotations de moyens affectées aux établissements privés supérieures à celles du public. Enfin, en septembre dernier, l’OCDE indique que les écoles privées bénéficient d’une plus grande part de fonds publics que la moyenne des pays de l’UE et de l’OCDE pour une même proportion d’élèves scolarisés.

Au regard de tous ces éléments et au-delà des principes, les conditions dans lesquelles l’État applique (ou plutôt ne fait pas appliquer) les lois sont toujours plus inconcevables. La ségrégation sociale et scolaire provoquée par l’enseignement privé sous contrat ne peut plus être ignorée. L’argent public doit permettre aux services publics, ici à l’École publique, de renforcer sur tout le territoire national l’égalité dans l’accès aux savoirs, donc les perspectives d’émancipation pour chaque élève, à rebours du financement d’un séparatisme avéré. Nous réaffirmons la liberté de l’enseignement laissée aux citoyens. Cette liberté implique l’existence et l’ouverture d’écoles, collèges et lycées publics partout où ils sont absents ou leur nombre insuffisant. Au regard du principe constitutionnel intégré dans le Code de l’Éducation : « l’enseignement public, gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’État.« 

Afin d’élaborer une ou plusieurs voies de sortie de ce financement, nos organisations conçoivent ces plans de manière collective et partagée. Notre but est qu’ils soient réfléchis en tenant compte du cadre constitutionnel et juridique mais aussi qu’ils respectent les droits de chacun (agents et usagers). Nous travaillerons avec des parlementaires et des spécialistes qui voudront s’associer à notre démarche. Ensemble, nous porterons notre projet auprès de l’opinion publique, des élus et des gouvernements, pour construire le rapport de force nécessaire à sa réalisation.

Signataires : FSU, CGT Educ’action, SUD éducation, UNSA éducation, FCPE, CNAL (Comité National d’Action Laïque), Ligue des Droits de l’Homme, la Ligue de l’enseignement, Convergence nationale services publics, Fédération nationale des DDEN, Fédération nationale de la Libre Pensée, Solidarité laïque, Egale (égalité, laïcité, Europe), Comité de réflexion et d’action laïque – CREAL 76, Fédération nationale des FRANCAS, Union des Familles Laïques, Association des libres penseurs de France ADLPF, EEDF (Éclaireuses Éclaireurs de France), l’Union rationaliste.

9 octobre 2024


Où va la Fédération nationale des DDEN? Arrêter la « chasse aux sorcières » !

Eddy Khaldi, depuis le Congrès national de la FNDDEN de Grenoble au cours duquel il a été élu Président, n’a de cesse d’évincer tous ceux qui expriment le moindre doute, la moindre critique sur le cours qu’il imprime.

Cela a commencé par des membres du Bureau national, puis ce fut au tour d’Unions départementales trop « indépendantes ». Puis l’adoption de nouveaux statuts, (toujours pas publiés !) permettant aux membres du Conseil fédéral de désigner eux-mêmes leurs successeurs et interdisant aux Unions d’échanger, de débattre entre elles. Et enfin l’exclusion pure et simple de DDEN et d’Unions.

Pourtant n’est-il pas urgent de se regrouper, avec toutes les forces laïques pour défendre l’École de la République ?

Malgré les obstacles mis en place par Eddy Khaldi, des DDEN tentent de continuer l’œuvre historique qui est la leur ; des Unions se regroupent au sein du « Comité de liaison des DDEN ».

Nous publions ci-dessous leur appel et nous invitons les DDEN à prendre contact avec eux.

LETTRE OUVERTE AUX DDEN

Cher(e)s Collègues,

Nous sommes DDEN et agissons comme vous dans les écoles où nous avons été affectés pour veiller à ce que les critères officiels définissant les bonnes conditions d’enseignement dans les écoles publiques soient respectées par les autorités qui en ont la responsabilité : Municipalités, DASEN, IEN, Préfet et Ministère de l’Éducation Nationale…

Comme vous, nous sommes profondément attachés à l’École laïque, la seule école de la République, dont nous mesurons l‘importance pour le respect des Droits des jeunes générations et de leur famille, de disposer d’établissements scolaires respectant les principes de laïcité, de gratuité, d’hygiène, de sécurité, d’entretien des locaux, d’équipements, de transports… auxquels ont droit tous les établissements scolaires publics.

Comme vous, nous souhaitons que se rassemblent toutes les composantes du Mouvement laïque que sont les parents d’élèves et leurs associations, les personnels et leurs syndicats, les Amicales laïques et bien sûr tous les DDEN dont le Comité de Liaison qui s’inscrit dans les propositions du Collectif d’organisations laïques « pour l’École publique laïque ». Pour défendre l’École publique face aux mesures qui la dégradent et aux menaces qui pèsent sur elle au profit d’une école privée qui perçoit désormais plus de 15 milliards de détournements annuels de fonds publics. Faisons ensemble de l’école publique laïque une cause commune à défendre.

Cela mérite entre nous une discussion libre, fraternelle et constructive pour trouver ensemble avec tous les amis de l’École laïque, les voies et les moyens de redresser la barre en participant à la mise en œuvre d’une orientation unitaire.

DDEN, nous sommes historiquement un des piliers du Mouvement laïque qui a su réaliser une solide unité d’action contre la loi Debré-Guermeur violant la loi de 1905 dont nous célébrons tous l’anniversaire.

Quand nous prenons connaissance des mesures envisagées pour aller vers une sorte de « territorialisation de l’École publique », comment ne pas y voir un risque de démantèlement de l’Éducation Nationale, chaque « territoire » définissant ses activités dites « éducatives » mais surtout ses niveaux d’exigence en ce qui concerne le socle commun, cassant encore un peu plus la valeur de diplômes nationaux.

Quand nous prenons connaissance de la baisse des subventions d’État aux Communes dont les budgets sont déjà très tendus, comment ne pas ouvrir une discussion unitaire pour défendre notre École publique, directement menacée d’appauvrissement ?

Comment tolérer la situation indigne de nombreux enfants handicapés dans nos écoles, faute d’accompagnants (AESH) et d’accueil possible en IME ou en ITEP ? Ne méritent-ils pas plus d’attention de nous tous ?

Nous avons pris l’initiative de cette lettre pour organiser une discussion ouverte et contributive entre tous les DDEN.

N’hésitez pas à nous contacter. Nous prévoyons d’organiser un webinaire le 3 juin 2026 sur ces questions vitales pour l’avenir de l’École publique. Si vous êtes intéressé(e) inscrivez-vous en utilisant le lien ci-dessous :

comitedeliaisondden@gmail.com

Le Comité de liaison DDEN est un espace collaboratif d’échanges, de communication et d’expertise créé par des DDEN qui souhaitent échanger volontairement et librement sur les sujets de l’actualité qui impactent leur mission dans les Ecoles publiques laïques.   

Lu dans « Maire info » du 28/01/26 : Suppressions de postes d’enseignants, fermetures de classes : la confusion règne

Contrairement à ce qui a pu être compris des récentes déclarations du Premier ministre, le gouvernement n’a pas renoncé à supprimer plus de 4 000 postes d’enseignants à la rentrée de septembre prochain. Combien de fermetures de classe s’ensuivront ? Il paraît impossible de le savoir à ce jour, mais les syndicats enseignants sont plus qu’inquiets.

C’est au cours d’une réunion entre le ministère de l’Éducation nationale et les syndicats enseignants, hier, que les chiffres sont tombés : les 4 000 suppressions de postes d’enseignants prévues depuis le dépôt du projet de Ioi de finances, à l’automne, sont confirmées. C’est même un tout petit plus, 4 032 pour être précis : 2 229 dans le primaire et 1803 dans les collèges et lycées. Ces chiffres sont supérieurs à ceux qui sont contenus dans le projet de Ioi de finances, qui prévoyait 1 891 suppressions de postes dans le premier degré et 1 365 dans le second.

Pour l’école primaire, toutes les académies sont concernées par ces suppressions de postes, à l’exception de Mayotte et de la Guyane.

À combien de fermetures de classes ces suppressions de postes vont-elles conduire ? Il est impossible de le dire aujourd’hui, mais les syndicats se disent « affolés ». Comme l’explique Aurélie Gagnier, porte-parole de la FSU-Snuipp, pour l’année 2025 il y a eu quelque 2 000 fermetures de classes pour 470 suppressions de postes. Alors, « avec presque cinq fois plus de postes retirés, en 2026, la carte scolaire va être particulièrement douloureuse. »

Le gouvernement va-t-il tenir sa promesse de ne pas fermer de classes de primaire sans concertation avec les maires ? La carte scolaire va-t-elle réellement être discutée en amont avec ces derniers, afin de leur donner de la visibilité pour la rentrée prochaine et les suivantes comme le prévoit le protocole signé avec l’AMF daté du 8 avril 2025 ?

500 postes d’AESH réellement nouveaux

Sur les AESH, la déception est aussi de mise chez les syndicats. Le Premier ministre avait Iaissé entendre que 2 000 postes seraient créés. En réalité, les choses sont un peu plus compliquées, ce qui fait dire à certains syndicats, comme FO, qu’il s’agit d’un « enfumage ». Sébastien Lecornu a présenté comme une évolution majeure cette décision de créer 2 000 postes pour « accompagner les élèves handicapés », mais en réalité 1 200 étaient déjà prévus depuis l’automne. Ce sont seulement 500, et non 2 000, qui ont été rajoutés, plus 300 postes d’enseignants en Ulis.

Le ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, a affirmé que le ministère faisait face à « une chute démographique vertigineuse » qui conduira la perte de « 750 000 enfants dès la prochaine rentrée ». Le gouvernement pourrait profiter de cette baisse démographique – bien réelle – pour améliorer le taux d’encadrement des élèves, mais ce n’est manifestement pas le choix qui a été fait.

Le ministre a expliqué, dans la même phrase, que le budget prévoit à la fois « la création de 5 900 postes » et « la suppression de 4 000 postes ».

Il faudra attendre une communication plus précise et officielle du ministère de l’Éducation nationale pour y voir plus clair.

Il faut maintenant attendre l’officialisation de la carte scolaire pour la rentrée prochaine pour savoir réellement ce qu’il en sera des suppressions de postes et, surtout, des suppressions de classes. Mais l’heure n’est pas à l’optimisme à la matière.

Carte scolaire 2026-2027 : la FCPE exprime sa colère devant les mesures d’austérité qui frappent une nouvelle fois l’école publique !

Depuis des années la FCPE dénonce haut et fort l’effondrement des moyens alloués à l’École publique pour lui permettre de remplir ses missions au service de notre nation.

Elle est de toutes les luttes locales et nationales pour la défendre et la promouvoir.

Ce que nos responsables politiques et technocratiques appellent la déprise démographique est une fois encore l’argument massue pour offrir toujours moins d’école alors que nos concitoyens sont unanimes en demandant une autre École publique.

Une fois encore, nous passons à côté de l’opportunité historique qui nous est offerte de profiter de la baisse démographique pour réduire les effectifs dans les classes de l’école au lycée et disposer des moyens indispensables à son bon fonctionnement, et de l’opportunité de préparer notre société aux enjeux d’aujourd’hui et de demain, d’apporter des réponses éducatives aux angoisses de la jeunesse confrontées à de nombreuses crises. Désormais, c’est le maillage même de nos établissements scolaires publics qui est en péril.

Les colères dans les territoires ruraux, urbains, dans le territoire hexagonal comme les territoires ultra-marins sont immenses et se traduiront une fois encore dans les urnes en 2026 comme en 2027.

(…) Il faut redonner du souffle et du temps à l’école. Il faut lui redonner un projet porté par la société. Priver l’école de cette réflexion, c’est assumer son asphyxie, sa sclérose et cela nous ne l’acceptons pas !

(…) Pour celles et ceux qui cherchent un cap pour l’école publique, notre Fédération forte de son histoire a un solide projet éducatif, une boussole au service de l’intérêt général. Nous porterons haut et fort ses exigences et nous veillerons

28 janvier 2026 (site FCPE)